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Parade - Yoshida Shuichi

Ce roman polyphonique, adapté au cinéma en 2010 par le réalisateur japonais Isao Yukisada, est une sorte de croisement lointain entre L’Auberge espagnole de Cédric Klapisch (2002) et Petits meurtres entre amis de Danny Boyle (1994). Je ne sais pas quel est le résultat sur grand écran, mais les personnages de Yoshida Shuichi, sont désespérants de vacuité. Leur cohabitation, ainsi qu’ils l’expliquent eux-mêmes, ressemble davantage à un échange virtuel sur un forum. Cette retenue volontaire les empêche de s’attacher véritablement à leur lieu de vie ou de nouer des liens d’amitié sincères. Chacun se cachent derrière un masque et feint d’ignorer les travers des autres.


L’ouvrage étant paru au Japon en 2002, on peut imaginer que l’action se situe aux alentours de l’année 2001. Cette information est d’ailleurs confirmée par le traducteur, Gérard Siary, dans la postface. Celui-ci se base sur les dates de passage des séries télévisées évoquées dans le roman. Yoshida Shuichi nous conduit dans le district de Chitose Karasuyama à Tôkyô où cinq jeunes gens, âgés de 18 à 28 ans, cohabitent dans un trois pièces. Chacun prend la parole à tour de rôle. Il y a d’abord Ryôsuke, l’étudiant dépressif qui vit une bluette avec la petite amie de son protecteur. Koto, quant à elle, passe ses journées à attendre les coups de fils de son amant (un acteur de série télévisée) tandis que sa camarade, Mirai, fait la tournée des bars après le boulot et ne rentre jamais sans avoir pris une cuite. Satoru, le plus jeune de la bande est aussi le dernier arrivé dans la place. Il dort sur le canapé du salon dans la journée et se prostitue la nuit. Enfin, Naoki, l’aîné et le premier occupant de l’appartement, est sans doute le personnage le plus énigmatique. Son histoire clos le roman sur une note de violence incompréhensible.

A travers ses différents personnages, Yoshida Shuichi brosse le portrait d’une jeunesse en perdition, sans doute confrontée à une réalité sociale qui la submerge.Il faut dire que la vie quotidienne des Tokyoïtes ne semble pas très attrayante. La capitale japonaise, telle qu’elle est décrite par Yoshida Shuichi, est un monstre de bâtiments, d’autoroutes, de chaînes de magasins et de restaurants ouverts 24h/24 où les gens se croisent dans une effrayante indifférence. Parmi les colocataires de l’appartement, il y a ceux qui vivent en marge de la société active. Koto, par exemple, qui a démissionné depuis plusieurs mois, est totalement lobotomisée par la télévision. A contrario, il y a les salariés du groupe, Naoki et Mirai, qui travaillent jusqu’à point d’heure, sans compter le week-end et les jours fériés. Cet ensemble d’éléments créent une atmosphère étouffante dont le lecteur a hâte de s’extirper. Aussi, je ne dirais pas que Parade est un mauvais livre, mais je dois reconnaître que je n’ai pas réussi à l’aimer.

Yoshida Shuichi est l’auteur de plusieurs romans dont trois ont été traduits en français à ce jour. Il a reçu de nombreuses récompenses comme le prix Bungakkai du premier roman pour Saigo no musoko (Le Dernier fils), le prix Akutagawa pour Park Life (Picquier Poche, 2010), le Yamamoto Shûgoro pour Parade ou les prix Osaragi Jiro et Mainichi pour Akunin (Le mauvais, Picquier, 2011). Ce roman (Villain en version anglaise) a également été adapté au cinéma par le réalisateur coréen Lee Sang-il en 2010.

Parade de Yoshida Shuichi (Picquier poche, octobre 2011, 314 pages)


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