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Jane Austen superstar

Ceux qui, parmi nous, sont un peu cultivés ont sans doute entendu parler des Janeites. Le terme est né en 1894, sous la plume de George Saintsbury, dans son introduction à une nouvelle édition d'Orgueil et Préjugés. Il fait référence aux admirateurs inconditionnels de Jane Austen, apparus dès 1870, après la publication de sa biographie de l'auteur par son neveu, James Edward Austen-Leigh. Or, à l’heure où on s’apprête à fêter le 235ème anniversaire de la romancière anglaise (le 16 décembre) et le bicentenaire de Raison et Sentiments (en 2011), le mouvement est loin d’être tombé en désuétude. Depuis 20 ans, nous assistons à une véritable résurrection de la secte des adeptes de Jane Austen.


Le "Janeitisme revival" (pardonnez-moi l’expression) doit beaucoup à la série d’adaptations cinématographiques et télévisuelles des œuvres de Jane Austen à partir de 1995 : Raison et sentiments d'Ang Lee, Persuasion de Roger Michell, Clueless (adaptation d’Emma) d'Amy Heckerling, Emma, l'entremetteuse de Douglas McGrath, Mansfield Park de Patricia Rozema, Orgueil et préjugés de Joe Wright, The Jane Austen Book Club de Robin Swicord (l'adaptation du roman éponyme de Karen Joy Fowler),Jane de Julian Jarrold… Bref, si on en croit un article paru récemment dans le Wall Street Journal, la page Facebook de Jane Austen compterait 89 000 fans, contre 45 000 pour Charles Dickens, et seulement 9 000 pour les sœurs Brontë. Par ailleurs, la JASNA (Jane Austen Society of North America) revendique 4 000 membres actifs répartis en une soixantaine de groupes régionaux, aux États-Unis et au Canada. L’association de ne contente pas d’organiser des débats pontifiants dans des bibliothèques poussiéreuses, et c’est sans doute ce qui explique son succès.


En effet, les janeites sont en majorité des femmes, d’une vingtaine ou d’une trentaine d’années. Selon Joan Klingel Ray, auteur d’un Jane Austen for Dummies (Jane Austen pour les nuls), ces jeunes lectrices trouvent une résonance plus contemporaine à l’œuvre d’Austen qu’à celle des sœurs Brontë. Elles s’identifient facilement aux héroïnes en quête du mari idéal. Est-ce à dire que la romancière britannique serait une sorte de pionnière de la Chick lit ? Le premier roman du genre, Le Journal de Bridget Jones d'Helen Fielding, paru en 1996, est bourré de références à Jane Austen. Pendant les années qui ont suivis, l'industrie éditoriale a donné naissance à toute une série d'ouvrages janeites, dont on peut mentionner quelques uns en français : Jane Austen et Moi par Emma Campbell Webster, Le club Jane Austen de Karen-Joy Fowler, La fille qui voulait être Jane Austen de Polly Shulman ou encore la série créée par Stephanie Barron (Jane Austen et l'Arlequin, Jane Austen à Canterbury, Jane Austen et les fantômes de Netley etc). Parmi les titres anglais qui ont cartonnés, il y a Dear Jane Austen: A Heroine's Guide to Life and Love de Patrice Hannon The Jane Austen Handbook: A Sensible Yet Elegant Guide to Her World de Margaret C. Sullivan, Confessions of a Jane Austen Addict, suivit de Rude Awakenings of a Jane Austen Addict par Laurie Viera Rigler...


Outre les romans, biographies, guides et recueils de citations, il existe une multitude de produits dérivés, comme les DVD, les puzzles, les agendas, les posters ou les badges. Elizabeth Gumport souligne, dans la rubrique Intelligent Life du journal The Economist, que Jane Austen est devenue une véritable industrie. Non seulement les éditeurs ont su détecter ce nouvel engouement pour Jane Austen mais ils se sont réappropriés son œuvre. Ainsi, surfant également sur la vague Twilight (et, par extension, de la Bit lit), les éditions Quirk Books ont édité un pastiche où des morts-vivant viennent coloniser l’œuvre classique d’Orgueil et préjugés. L’ouvrage, intitulé Orgueil et préjugés et zombies est signé Seth Grahame-Smith. Une adaptation cinématographique du livre est déjà prévue pour l’an prochain. Parallèlement l'éditeur a publié un second livre parodique : Raison et Sentiments et monstres marins de Ben H. Winters (non disponible en français à ce jour).


Le dynamisme du Janeitisme se reflète également sur le Web, à travers les réseaux sociaux comme Twitter, les forums et les blogs. De cet espace virtuel est né une autre parodie de Jane Austen, le Jane Austen's Fight Club. Il s’agit d’une fausse bande annonce où apparaissent des actrices en costume du 19ème siècle s’opposant dans des combats à mains nues, comme d’Edward Norton et Brad Pitt dans Fight Club. Parmi la multitude de sites Internet, on peut citer dwiggie.com, une communauté dédiée aux fanfic à la manière de Jane Austen. Créé 10 ans plus tôt, ce site compte aujourd’hui un millier de membres enregistrés. Dans le même esprit, on peut mentionner Bad Austen, qui organise un concours de nouvelles parodiant l’œuvre de Jane Austen. Les lauréats, qui seront sélectionnés en mars 2011, recevront une Anthologie de la romancière. Là encore, il existe une multitude de sites consacrés à la romancière anglaise et il serait trop fastidieux de les énumérés tous. Pour l'exemple, j'ai néanmoins sélectionnés quelques janeites francophones, comme Alice, la rédactrice du blog Jane is my Wonderland ; Karine sur Mon coin lecture, Eugénie pour Extase et tourments, ou encore Mrs Panda.

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  1. http://janeausten.hautetfort.com/archive/2010/02/21/jane-is-my-wonderland.html
  2. http://www.blogitexpress.com/
Suggestion de mots-clefs : jane austen pour les nuls ; recherche sur l'oeuvre d'art :Poly Cèfe ; Jane Austen ;
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