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La maison qui glissait - Jean-Pierre Andrevon

Je pense que les amateurs de science-fiction n'ont pas besoin qu'on leur présente Jean-Pierre Andrevon, l'un des trop rares auteurs francophones du genre. Sa bibliographie étant plutôt imposante, je ne ferai pas non plus la liste de ses œuvres. On peut néanmoins rappeler qu'il a reçu le prestigieux Prix Julia Verlanger en 2006 pour Le Monde enfin. Qualifié d'écrivain militant, ce qu'il revendique volontiers, Jean-Pierre Andrevon ne limite pas son champ d'action à l'écriture et l'écologie, puisqu'il est également peintre et auteur-interprète. La Maison qui glissait est un récit d'anticipation, imbriqué dans un microcosme social ou plutôt une sorte de huit clos de l'horreur.

La chaleur est étouffante en ce dernier week-end d'août. A 7 heures du matin, les résidents de la Cité des Étangs sont tirés de leurs lits par une sorte de grand coup de tonnerre. Pierre Bonnefoy, un enseignant qui profite de ses derniers jours de congés, habite au 13ème étage de la Tour des Érables. Lorsqu'il sort de son sommeil englué, c'est pour constater que le voisinage est plongé dans un silence assourdissant. Il s'extirpe mollement de son lit pour jeter un coup œil par la fenêtre de son petit appartement et constate, qu'en dépit de la canicule, l'horizon est bouché par un épais brouillard. Pas plus perturbé que ça, le jeune homme n'entend pas déroger à son rituel quotidien : wc, douche, petit-dej... avant de s'apercevoir qu'il y a une coupure de courant. Cette fois, Pierre commence à gamberger, des explications improbables lui traversent l'esprit: catastrophe écologique, Tchernobyl, AZF... il est temps d'aller aux nouvelles. Sa voisine de palier, qui ressemble de manière troublante à son ex-petite amie, n'est pas du genre très communicative. Dans la cage d'escalier, Pierre croise Laurent Gentil, enseignant à la retraite, dont l'état d'esprit est à peu près équivalent au sien.
Ailleurs, dans les appartements de la Tour des Érables, les mêmes scènes se reproduisent: réveil en sursaut, mises en marche hébétées, interrogations, inquiétudes. Les résidents font bientôt le siège de la loge du gardien, Roger Vincenzini, qui leur apparaît comme le seul représentant d'une autorité administrative quelconque. L'ex-flic, qui n'est au courant de rien, est complètement dépassé par les évènements, mais ne le montrerait pour rien au monde. La tour des Tilleuls, en face de la sienne, est aussi silencieuse qu'une tombe et son collègue semble avoir disparu de la circulation. Rien à attendre de ce coté là, donc, sans compter que les moyens de communications sont coupés et que personne n'ose s'aventurer au-delà du parvis de l'immeuble. Alors, il fait ce qu'il sait faire: tenter d'évaluer les dégâts et voir ce qui peut être réparé. Il ne sait pas encore, que dans les jours à venir, il devra aussi tenir le compte des disparus et des survivants. Ce que tout le monde ignore aussi, mais pressent au fond de soi, c'est que les problèmes ne font que commencer. La tour des Érables va glisser inexorablement, et de plus en plus vite, dans une réalité cauchemardesque, peuplée de créatures sorties du néant ou du plus profonds recoins de l'inconscient collectif.

Quand j'ai commencé La Maison qui glissait, je revenais d'un voyage en Russie qui, comme vous le savez a été frappée de canicule et d'incendies cet été. Depuis mon balcon à Moscou, j'ai vu la capitale s'envelopper d'un brouillard irrespirable, tandis que le Kremlin et la plupart des bâtiments alentour disparaissait de mon champ de vision. De retour en France, je me suis trouvée au chômage technique pendant deux jours, suite à un black out électrique. Pour ces raisons, je n'ai eu aucun mal à me mettre dans la peau des habitants de la Tour des Érables, même si mon expérience est loin d'avoir été aussi apocalyptique.
N'étant pas familière de l'œuvre de Jean-Pierre Andrevon, j'ai d'abord été surprise par son style littéraire et la construction des chapitres. Mais il suffit d'avancer dans le livre pour réaliser, que non seulement elles ne sont pas le fruit du hasard ou d'un désintérêt de l'auteur pour la forme, mais qu'elles sont terriblement machiavéliques. Le roman est construit à la manière d'un thriller dont le rythme s'accélère pour augmenter la tension. Les répétitions, qui paraissent parfois pesantes, ne sont pas fortuites non plus. Le lecteur ne prend la pleine mesure de l'ouvrage de Jean-Pierre Andrevon que lorsqu'il a tourné les dernières pages. Si les personnages sont assez caricaturaux, je pense que c'est au bénéfice de l'efficacité du propos. Le lecteur s'imprègne crescendo de l'atmosphère de terreur qui règne dans la tour. Il est tenu en haleine, non seulement par le devenir des protagonistes, mais aussi le postulat (ou la question du pourquoi) dont il ne doute pas qu'ils finiront bien par être posés et donner un sens aux évènements. Mais Jean-Pierre Andrevon tien les rennes de bout en bout, jusqu'à son dessein final.

Titre: La maison qui glissait
Auteur: Jean-Pierre Andrevon
Editeur: Le Bélial
Parution: Mai 2010
Pages: 530

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