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Le vrai monde - Natsuo Kirino

Je ne qualifierai pas Le vrai monde (Riaru Warudo en japonais) de roman policier mais plutôt de roman noir à plusieurs voix. L'identité du meurtrier est connu dès les premières pages et il n'y a pas d'enquête à proprement parler. En revanche, Natsuo Kirino y dresse le portrait d'une jeunesse écrasée par l'obligation de réussite scolaire et professionnelle, et dont les repères familiaux et sociaux sont devenus floues. Les protagonistes sont quatre adolescents a-priori ordinaires de la banlieue de Tokyo, dont les destins tracés d'avance vont être brisés par un événement dramatique, un catalyseur qui va révélé la part sombre de chacun d'entre-eux.

Tout débute un jour d'été étouffant. Toshiko, comme la plupart des lycéennes de bonne famille est inscrite dans une école privée préparant aux examens d'entrée des universités. Alors qu'elle s’apprête à quitter le domicile familial pour se rendre à ses cours intensifs, elle est surprise par un bruit de verre brisé provenant de la maison d'à coté. Persuadée qu'il s'agit d'un cambrioleur, la jeune fille panique et hésite sur la conduite à suivre. Elle contacte immédiatement Terauchi, l'intello de sa bande de copines et de loin la plus posée. Mais celle-ci à d'autres chats à fouetter et lui conseille de ne pas se mêler des affaires des autres. Au moment d’enfourcher son vélo pour se rendre à la gare, Toshiko apercoit le fils des voisins, dont la mine réjouie (inhabituelle chez ce garçon taciturne) la rassure vaguement. Le Lombric, ainsi qu'elle le surnomme à cause de sa silhouette filiforme et de son apparence insaisissable, fréquente une prestigieuse école de garçons. Les adolescents ne se connaissent pas et n'échange qu'un vague salut, événement en soi extraordinaire puisqu'ils ne se parlent jamais. Toshiko apprendra plus tard qu'il vient de massacrer sa mère à coups de batte de base-ball. Il lui a également volé le vélo qu'elle a laissé à la gare et le portable qu'elle a oublié sur le porte-bagage. L'affaire prend une tournure plus inconfortable lorsque Ryo, alias le Lombric, utilise le téléphone de Toshiko et appelle ses amies les unes après les autres. Mais le pire reste à venir puisque deux d'entre elles, Yuzan (l'orpheline homosexuelle) et Kirarin (la bimbo délurée) décident de couvrir la fuite du matricide. Toshiko quant à elle se rend complice de la cavalle en décidant de ne rien révéler à la police. Chacune à ses raisons bien personnelles d'aider le Lombric, devenu le héros des cours d'écoles privées et une énigme malfaisante aux yeux des médias. Ce que les jeunes filles semblent ignorer, c'est qu'elles viennent d'appuyer sur un bouton qui va faire voler leur univers en éclats.

Bien qu'il n'y ait pas d'enquête dans ce roman, le lecteur est tenu en haleine par la sensation d'un drame imminent et bien plus terrible que le meurtre lui-même. On retrouve ici la mécanique de Disparitions (Yawarakana Hoho en version originale), l'un des premiers livres de Natsuo Kirino traduit en français et couronné au Japon par le prix Naoki (Naoki Sanjūgo en entier) qui récompense les œuvres de la littérature populaire. Là encore, il ne s'agit pas d'un polar à proprement parler, puisque l'intrigue est davantage prétexte à une galerie de portraits. Le lecteur est placé dans une situation d'attente où il ne peut qu'assister impuissant à la lente dérive des personnages.
A ce jour, Natsuo Kirino est l'auteur de 17 romans et quatre recueils de nouvelles, dont cinq seulement parus en Français. Outre Disparitions (éditions 10/18, 2004, 514 pages) et Le vrai monde, les éditions Seuil ont publié Out (Points, 2007, 655 pages), Monstrueux (Points, 2009, 716 pages) et Intrusion (Seuil, septembre 2011, 275 pages). La romancière japonaise a reçu plusieurs prix littéraires pour son œuvre, parmi lesquels le Prix des écrivains de romans policiers japonais (Nihon Suiri Sakka Kyōkai Shō) pour Out (Auto en japonais) en 1998 et le Prix Edogawa Rampo (Edogawa Rampo Shō) pour son premier roman, Kao-ni Furikakaru Ame (non disponible en français), en 1993. Plusieurs de ses oeuvres ont été traduites en anglais et Out a été adapté à l'écran en 2002 par le réalisateur Hideyuki Hirayama. Au Japon, Natsuo Kirino est publié chez Kodansha, l'une des plus importantes maisons d'édition nippones.

Le vrai monde de Natsuo Kirino (Points, septembre 2011, 254 pages)

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5 avis pour “Le vrai monde - Natsuo Kirino”
  1. ça parait sympa à lire, vais voir si il n'y est pas à la bibliothèque municipale Super

    "Elle contacte immédiatement Terauchi, l'intello de sa bonne de copines et de loin la plus posée" --> "...l'intello de sa bande de copines..." ?

    Par Kao Bang | lundi 10 octobre, 08:05
  2. Rigole Merci, je crois que ça s'appelle un lapsus !  hum Super smile

    Alors comme tu as trouvé une faute, tu as gagné le livre en question  Super. Tu n'as plus qu'à m'envoyer ton adresse par MP.
    En vacances

    Par esperluette | lundi 10 octobre, 20:19
  3. Merci héhé c'est comme le bibliobus, la culture vient directement à la maison  Sourire

    Par Kao Bang | mercredi 12 octobre, 08:02
  4. Mille merkis le livre est bien arrivé  Bravo
    Je finis mon livre de fantasy en cours et j'attaque Le vrai monde ensuite Super

    Par Kao Bang | mardi 25 octobre, 07:57
  5. Ayest, finito ce matin  cool
    Ccl: Pas mal, vraiment bien  Super

    J'avoue que d'entrée de jeu j'aurais vu ce livre sur des rayons de bibliothèque je l'aurais reposé en disant poliment à la bibliothèque "non merci je suis plus pour des trucs plus marrant comme K-on ou Lucky Star ou La mélancolie d'Haruhi Suzumiya "  - En fait je suis très poli avec les rayonnages de bibliothèque.

    Sinon la nana que j'ai préféré - celle que j'avais plus d'empathie c'est Terauchi, j'anticipais avec plaisir son chapitre. Quelle tempête d’émotions, de pensées et de philosophies sous ses dehors de son personnage de cruche qui ne trompe pas ses amies. 

    Au niveau de la traduction, c'est dommage c'est que elle a été faite à partir de l'anglais (japonais-> anglais -> français), plutôt que de partir directement du japonais, on y perd au passage et je l'ai ressenti certaine fois, ceci dit au niveau littérature je suis pas une star, j'ai pas laissé un souvenir impérissable à mes profs de français  Rigole




    Par Kao Bang | mardi 8 novembre, 08:16
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