©
Une humeur à partager, une passion, une nouvelle, une critique ou simplement envie d'écrire ?

Prodigieuses créatures - Tracy Chevalier

Mary Anning (1799-1847) était une chasseuse de fossiles douée. Elle a trouvé des spécimens jusqu'alors inconnus, dont un squelette complet d'ichtyosaure, les restes d'un plésiosaure et un fossile de ptérodactyle. Ces trois découvertes ont été des évènements majeurs dans la toute jeune histoire de la paléontologie. Mais Mary Anning est née au tournant du 19ème siècle dans une famille modeste. Surtout, elle avait le tort d'être une femme. Aussi, en dépit de ses compétences, et des services rendus à la communauté scientifique, elle a été écartée des sociétés savantes et des cercles universitaires. Son nom est tombé dans l'oubli pour être exhumé un siècle plus tard. Tracy Chevalier, l'auteur de La jeune fille à la perle, lui a dédié un roman.

Tracy Chevalier a choisi de partager la narration entre Mary et Elizabeth Philpot (1780-1857), une collectionneuse de fossiles éclairée et de quelques vingt son aînée. A priori, tout sépare les deux femmes : le milieu social, l'éducation et mêmes les caractères. Les trois sœurs Philpot débarquent à Lyme Regis plus ou moins forcées, puisque leur frère, jeune marié, ne peut plus les entretenir dans leur maison londonienne. Elizabeth, passionnée par les sciences naturelles, découvre ainsi ses premiers céphalopodes (bélemnites, ammonites...) sur les plages du Dorset. Pour la plupart des gens qui répugnent à toucher ses squelettes d'animaux morts, Miss Philpot apparaît comme une "vieille fille" excentrique. Par ailleurs, Elizabeth constate à ses dépends que les amateurs de fossiles sont en majorité des collectionneurs ignorants qui ont cédés à la mode des "Curios".
Néanmoins, grâce à ce passe-temps si peu conforme à sa condition (de femme, de citadine et de bourgeoise), elle fait la connaissance de Mary. La jeune fille chasse les Curios, depuis son plus jeune âge. Elle a hérité ce penchant de son père, un ébéniste criblé de dettes qui arrondi ainsi ses fins de mois. C'est juste après sa mort, que Mary et son frère, Joe, exhument le premier « crocodile ». L'instinct et l'expérience de la jeune fille lui dictent que ce reptile marin est unique. Il n'a rien de commun avec les créatures décrites par le grand Georges Cuvier (1769-1832) du Museum d'histoire Naturelle de Paris. Elizabeth Philpot, qui lui a prêté les ouvrages d'anatomie comparée du professeur français partage cette impression. Mary, pragmatique, songe d'abord à l'argent de le monstre lui rapportera, tandis que son amie se perd dans de dangereuses questions métaphysiques.

Au 19ème siècle, on avait admis la théorie du théologien irlandais James Ussher (1581-1656) selon laquelle Dieu aurait créé la terre en l’an 4004 avant Jésus Christ. Miss Philpot est persuadée que l'ichtyosaure est bien plus ancien. Ce pourrait-il que le Tout-puissant ait créé des créatures imparfaites puis, comprenant son erreur, décidé de les mettre au rebut ? Les éminents chercheurs de la Geological Society se gardent bien d'aborder cette périlleuse question dans leurs comptes-rendus et Charles Darwin (1809-1882) n'a pas encore exposé ses travaux sur l'évolution des espèces. Néanmoins, les géologues anglais s'apprêtent à révolutionner les bases de leur discipline, grâce au principe de l'uniformitarisme, formulé par l’Écossais James Hutton (1726-1797) puis développé par le britannique Charles Lyell (1797-1875), un ami proche de Charles Darwin. L'hypothèse selon laquelle la terre a été façonnée lentement sur une très longue période de temps par des forces toujours existantes s'oppose alors à la théorie du catastrophisme soutenu par Georges Cuvier et William Buckland (1784-1856) . Pour eux, la terre a été modelée dans un laps de temps court, par une série de catastrophes, tel le déluge, ainsi qu'il est écrit dans la Genèse.

Les destins de Mary et d'Elizabeth, deux femmes si singulières pour leur temps, sont ainsi liés. Bon gré mal gré, elles traverseront ensemble bonheurs et déconvenues et seront confrontées à l'ingratitude des hommes. Leur amitié y survivra-t-elle ? Tracy Chevalier précise à la fin de son ouvrage qu'il s'agit bien d'une biographie romancée. Si elles s’appuient sur des éléments réels, elle a néanmoins prit quelques libertés avec l'histoire. Par exemple, elle parfois modifié les éléments chronologiques pour servir les besoins de la narration. Par ailleurs, elle a imaginé des dialogues qui n'ont jamais eu lieu pour apporter un supplément d'âme à l'histoire factuelle. En vérité, je pense que personne ne lui en tiendra rigueur.

Prodigieuses créatures de Tracy Chevalier (Folio, juin 2011, 421 pages)

Références
Lien à insérer

Si vous citez cet article sur un site, un blog, un forum ou autre contenu web, utilisez l'adresse ci-dessous. Après validation par un administrateur, votre site apparaîtra ci-dessous comme référence.

Ils commentent à distance !

Pour l'heure, personne ne commente sur un autre site web.

Suggestion de mots-clefs : tracy chevalier ; prodigieuses créatures tracy chevalier ; tracy chevalier prodigieuses créatures ;
Discussions
Pas d'avis pour “Prodigieuses créatures - Tracy Chevalier”
Participer à la discussion (Via le forum)

Vous devez être identifiés pour poster un avis



Mot de passe oublié