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Les romans historiques de la rentrée 2011

A priori, un roman historique est un récit fictif dont le contexte s'inscrit dans une réalité historique. Dans les faits, les critères de classement sont plus subjectifs, puisque certains livres sont considérés comme plus "littéraires" que d'autres et que cette notions est particulièrement floue (l’œuvre est-elle plus aboutie ? L'écriture plus créative ? L'utilisation des sources plus rigoureuse ?). C'est la raison, sans doute, pour laquelle, peu d'élus sont plébiscités dans les médias, notamment en cette période de rentrée littéraire.

Que vont lire les amateurs du genre lorsqu'ils auront achevés le "génial" premier roman d'Alexis Jenni, l'incontournable "Cocktail Limonov" d'Emmanuel Carrère ou le sombre "biopic" de Simon Liberati ? Il va falloir se donner un peu de mal, surtout si on est pas particulièrement passionné par l'histoire contemporaine !
Le roman historique, héritier du roman feuilleton et de la littérature populaire, suscite la méfiance chez les critiques littéraires qui les évitent du mieux qu'ils peuvent. De fait, ils manquent de visibilité dans la presse comme dans les librairies. Si le livre bénéfice de l'estampille œuvre classique (par exemple, les Trois mousquetaires de Dumas, Guerre et Paix de Léon Tolstoï, les Mémoires d'Adrien de Marguerite Yourcenar, Le Guépard de Giuseppe Tomasi di Lampedusa...) ou de la signature d'un grand auteur contemporain (L'Amour aux temps du choléra de Gabriel Garcia Marquez, Le cimetière de Prague d'Umberto Eco, Les Onze de Pierre Michon, Charly 9 de Jean Teulé...), alors on le trouvera dans le prestigieux rayon Littérature, protégé d'une sobre jaquette. Sinon, il sera classé dans le "sous-genre" Roman historique (à l'instar des romans de Christian Jacq, Carlos Ruiz Zafón et autres Follett Ken), habillé d'une couverture illustrée de plus ou moins bon goût.


En période de rentrée littéraire, l'amateur de romans historiques sont d'autant plus déroutés, que le nombre de nouveautés est important. Son moteur de recherche ne lui sera d'aucun secours, s'il s'ingénie à associer des termes comme « romans historiques » et «  rentrée littéraire ». Est-ce donc qu'on ne publie pas de roman historique entre les mois de septembre et de décembre ? Sachez que le lecteur appliqué est censé les lire pendant ses congés estivaux, sur une chaise longue, plutôt qu'à l'automne, dans un fauteuil de salon rembourré. Telle est en tout cas ma conclusion, lorsque je regarde les dates de parutions des romans historiques (en pleine période creuse de la production éditoriale, soit entre mai et juillet) ou me penche sur les suppléments de lectures de l'été. Si, par hasard, quelques lauréats paraissent à la rentrée, on ne s'en vante pas trop. A la limite, les journalistes peuvent commettre des articles dithyrambiques s'il s'agit d'un roman de réflexion sur l'histoire contemporaine, comme Les Bienveillantes de Jonathan Littell (Grand Prix du roman de l’Académie française et prix Goncourt en 2006), HHhH de Laurent Binet (Prix Goncourt du Premier Roman en 2010) ou L’art français de la guerre d'Alexis Jenni, l'un des auteurs les plus plébiscités cette année. D'ailleurs, il est déjà sélectionné pour le prix Renaudot 2011 et le Goncourt, à l'instar de Limonov d'Emmanuel Carrère, de Jayne Mansfield 1967 de Simon Liberati et Du domaine des murmures de Carole Martinez.
On a peu de chance, en revanche, de trouver dans un magazine littéraire un commentaire positif ou négatif sur le dernier Thriller historique de Steve Berry, Le complot Romanov. De plus, s'il existe de nombreux blogs de lecteurs dédiés au roman policier ou à la science-fiction, autres sous-genres littéraires, le roman historique est longtemps resté orphelin. J'en ai récemment découvert deux, Roman-historique.fr et Polarhistorique.com, qui viennent s'ajouter à ceux consacrés aux essais historiques (Histobiblio.com ) et aux romans historiques pour la jeunesse (histoiredenlire.com). Il semblerait que ce soit encore une exception française, puisque, pour ma part, je connais de nombreux sites anglophones spécialisés et quelques sites germanophones. J'imagine qu'il en existe d'en d'autres langues, mais je ne suis pas polyglotte.


Depuis le coup d'envoi de la rentrée littéraire 2011, fin août dernier, je me suis donc penchée sur mon clavier d'ordinateur, pour tenter de dégoter quelques romans historiques parus récemment. La période contemporaine étant particulièrement prisée (pour les raisons expliquées plus haut), vous constaterez qu'il y a peu de livres qui ont pour toile de fond le monde antique, la période médiévale, la Renaissance ou le 19ème siècle. Par ailleurs, j'ai été forcée de faire l'impasse sur la Préhistoire. Donc, si vous n'avez pas encore lu le tome 6 des Enfants de la Terre, Le pays des grottes sacrées, publié en mars dernier, profitez-en sans complexe puisque, selon L'express, la romancière américaine a été « adoubée par les paléontologues ». Dans Libération, on apprend aussi que Jean M. Auel est une fidèle lectrice de la revue Archeology Today... un élément qui lui permet sans doute de figurer au Panthéon des auteurs de romans historiques fréquentables.
Parmi les fictions historiques qui bénéficient d'une chronique de Rentrée dans un journal sérieux, on peut citer Le juste milieu d'Annabel Lyon (Quai Voltaire, 336 pages), Le Turquetto de Metin Arditi (Actes Sud, 286 pages), Drood de Dan Simmons (Robert Laffont, 876 pages) et Karen et moi de Nathalie Skowronek (Éditions Arléa, 146 pages). Voilà ! En quatre livres (sept si on compte ceux mentionnés en introduction et qui concernent exclusivement la période contemporaine), nous avons couvert presque toutes les époques depuis l'antiquité, en passant par la Renaissance et le 19ème siècle. Sept sur 654 romans édité cet automne, soit 10% de la production éditoriale. On peut se dire que ce n'est pas si mal pour un genre qui a si mauvaise presse et qui ne veut pas dire son nom.
Si on est un peu zélé, on peut aussi écumer les sites des éditeurs, les blogs de librairies en ligne et les comptes-rendus de lecteurs. Avec une certaine patience, on finira par trouver quelques notices disséminées dans les méandres de la blogosphère et rédigées par des lecteurs intrépides qui se seront lancés sans filet. Notre butin, si maigre soit-il, n'est pas sans valeur. Carole Martinez, dont le premier roman, Le cœur cousu, doit déjà beaucoup au bouche à oreille, vient de commettre un nouvel ouvrage intitulé Du domaine des Murmures (Gallimard, 201 pages). On trouvera également une biographie romancée de Jean de La Fontaine, Le maître du jardin de Valère Staraselski (Le Cherche Midi, 181 pages). On peut encore mentionner Au commencement la nuit était la musique d' Alissa Walser (Actes Sud, 256 pages) et La comtesse et les ombres de Carey Wallace (Presses de la Cité, 276 pages) pour ceux qui affectionnent les 18ème et 19ème siècle. Néanmoins, on s'apercevra que le 20ème siècle, décidément, fascinent les écrivains : Des garçons d'avenir de Nathalie Bauer (Philippe Rey, 442 pages), un témoignage sur la Grande Guerre ; Le héron de Guernica d'Antoine Choplin (Le Rouergue, 159 pages), un roman sur fond de guerre civile espagnole ; Father de Vito Bruschini (Buchet Chastel, 633 pages), un thriller autour des luttes intestines de la mafia et la montée du fascisme ; Les dépossédés de Steve Sem-Sandberg ( Robert Laffont, 587 pages), une saga dédiée à la seconde guerre mondiale et Franz Stangl et moi de Dominique Sigaud (Stock, 224 pages) un roman sur la Shoah.


La rentrée étant loin d'être terminée, le lecteur de roman historique peut s'attendre à augmenter son butin d'ici le mois de décembre. Bien que les informations filtrent peu, on a déjà une petite idée du programme. Fin septembre, par exemple, Flammarion publiera Et ils boiront leurs larmes de Frédéric Couderc, dont le roman précédent, Que saignent les vignes du Roi, avait reçu un bon accueil. Les éditions XO nous livreront le tome 2 d'America de Romain Sardou et le premier volet d'Alienor, Le règne des lions, de Mireille Calmel (à ne pas confondre avec Le Lit d'Aliénor paru en 2001). En octobre, Albin Michel publiera Merveilleuses, le dernier roman de Catherine Hermary-Vieille.
En ce qui concerne la session de rattrapage, c'est-à-dire les rééditions en format de poche, on peut mentionner La Religion de Tim Willocks (Pocket, 950 pages) paru en 2009 chez Sonatine ; Jaune de Naples de Jean-Paul Desprat (Points, 783 pages) ou Le testament d'Olympe de Chantal Thomas (Points, 278 pages), deux romans publiés chez seuil en 2010; L'Entreprise des Indes d'Erik Orsenna (Le Livre de Poche, 377 pages) édité chez Stock en 2010...

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