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En censurant un roman d'amour iranien - Shahriar Mandanipour

Shahriar Mandanipour nous dit à juste titre que les romanciers soumis à la censure doivent être plus créatifs que ceux publiant dans les pays démocratiques. On pense, par exemple, aux grandes œuvres de l'ex-union soviétique comme Le maître et marguerite de Mikhaïl Boulgakov qui offre plusieurs niveaux de lecture. Shahriar Mandanipour s'inspire beaucoup du Réalisme Magique et du Surréalisme, citant régulièrement Fiodor Dostoïevski, Franz Kafka, Gabriel García Márquez, ainsi que Sadegh Hedayat (1903-1950), l'auteur de La Chouette aveugle. Son livre n'est pas une simple bluette exotique, mais plutôt une sorte de pastiche de roman d'amour et un pamphlet politique humoristique dans lequel l'auteur se met lui-même en scène.

Sous les traits d'un romancier originaire de Shiraz, Shahriar Mandanipour doit défendre chaque phrase de son roman, face à l'intransigeante perspicacité de M. Petrovitch, l'agent littéraire officiel du ministère de la Culture et de l'Orientation islamique. Il s'agit donc de tromper sa vigilance afin de placer quelques passages subversifs sur l'histoire de son pays et la réalité quotidienne des Iraniens... notamment dans leur vie amoureuse. Les scènes érotiques sont celles qui réclament le plus d' astuce. Le romancier, doit utiliser des métaphores alambiquées, empruntées à la vie animale ou végétale. Pour se faire, Shahriar Mandanipour convoque parfois, les grands maîtres du passé. Il mentionne, entre autres, le poète Omar Khayam (1048-1131) et ses fameux Quatrains (Rubaiyat). Plusieurs personnages issus de l'imaginaire oriental, apparaissent ainsi au cours du récit. Les protagonistes principaux, eux-même, portent les noms de personnages d'anciens manuels du cours préparatoire : Sara et Dara. Très populaires sous le régime du Shah, ils ont disparu peu après la Révolution. D'autres figures romanesques, telles Shirin et Khosrow, les héros d'un célèbre poème, ou encore Davalpa, un démon venu des fables iraniennes, font aussi des apparitions intempestives.

Le roman de Shahriar Mandanipour est une oeuvre sans doute déroutante pour les Occidentaux que nous sommes et demande un peu de persévérance. Néanmoins, lorsque lecteur est parvenu à entrer dans le livre, il s’aperçoit que c'est un petit bijou d'intelligence et d'humour. Par ailleurs, le rythme de la narration s’accélère, dès la seconde partie du livre. Shahriar Mandanipour y évoque à plusieurs reprises les dernières années du régime impérial du Shah, l'avènement de la République islamique en 1979 et la guerre Iran-Irak (1980-1988).
Obnubilé par la nécessité de tromper la censure, il arrive aussi que notre écrivain ne perde la maîtrise de ses personnages, et de réaliser, avec surprise, qu'ils évoluent de manière autonome, se forgeant leur propre caractère et décidant eux-même de leur destin. Bien-sûr, il s'agit encore d'une allégorie pour montrer l'impossibilité d'arriver à bout d'un roman d'amour dans un pays comme l'Iran.
En censurant un roman d'amour iranien est la première œuvre traduite en français de Shahriar Mandanipour. Émigré aux États-Unis en 2006, Shahriar Mandanipour a écrit des essais et fictions en farsi qui ont été publiées en anglais. Parmi celles-ci, on peut mentionner plusieurs recueils de nouvelles (The Eighth Day of the Earth, Violet Orient, Midday Moon, Mummy and Honey, Shadows of the Cave et Ultramarine Blue). Bien qu'il ait fait les frais de la censure dans son pays natal, entre 1992 et 1998, l'écrivain est considéré comme un auteur majeur de la littérature iranienne. En 2004, il a d'ailleurs été couronné par le prix Mehregan, qui récompense le meilleur roman de littérature enfantine.

En censurant un roman d'amour iranien de Shahriar Mandanipour (Points, 2012, 443 pages)

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