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Amsterdam vue par Nerval

Après une promenade littéraire de 15 jours vers l'orient puis le Caucase (cf les derniers billets du Citathon), nous avons décidé de virer vers le nord-ouest et de nous rendre directement à Amsterdam, depuis Bakou. Gérard de Nerval (1808-1855) se rend à deux reprises aux Pays-Bas: en septembre 1844 et en mai 1852. Son texte, intitulé les Fêtes de mai en Hollande, paraît dans la Revue des Deux Mondes du 15 juin 1852.

« L’entrée d’Amsterdam est magnifique : à deux pas du débarcadère, on passe sous une porte hardiment découpée, qui semble un arc-de- triomphe, puis on a une demi-lieue à faire avant de gagner la place du Palais. De temps en temps, on traverse les ponts des canaux, qui font d’Amsterdam une Venise régulière dessinée en éventail. Les canaux forment, comme on sait, une série d’arcs successifs, dont le port est l’unique corde. La ville est trop connue pour qu’il soit nécessaire de la peindre plus minutieusement. Les grands bassins qui coupent çà et là le dessin dont je viens de donner une idée sommaire sont comme à Rotterdam et à La Haye, bordés de magnifiques tilleuls qui se découpent en vert sur les façades de briques, dont quelques-unes ont peintes, mais où les pignons dentelés, festonnés et sculptés du vieux temps se sont conservés mieux qu’en Belgique. On a peint et décrit le bords de l’Amstel où les couchers de soleil sont si beaux, le groupe de tours lui s’élève entre le port et le grand bassin, les hautes flèches découpées à jour des anciennes églises devenues temples protestans, — et que l’on peut toujours comparer à ces coquillages splendides où l’oreille attentive croit distinguer un vent sonore, mais d’où la vie qui leur était propre s’est retirée depuis longtemps.
Si l’on veut voir la Venise du nord dans toute sa beauté maritime, il faut d’abord parcourir le quai d’une lieue qui borde le Zuiderzée. Les vaisseaux, paisibles dans les bassins comme ces hautes forêts de sapins que le vent agite à peine, font contraste à la flotte éternelle qui, de l’autre côte, sillonne la mer agitée ou paisible Il y a là des cafés élevés sur des estacades et entourés de petits jardins flottans. Tout le quai est bordé de buffets de restauration et où l’on peut consommer debout des concombres au vinaigre, des salades de betterave, des poissons salés arrosés de thé et de café. (…)

Déjà toute la ligne du port vous apparaît dentelée au loin par les découpures des toits variés de dômes et de tours aux chaperons aigus au-dessus desquels se dressent, sur trois ou quatre points, de hauts clochers ouvragés comme les pions d’un échiquier chinois. Puis le panorama s’abaisse ; chaque dôme, chaque flèche fait le plongeon à son tour. Seule, la vieille cathédrale, située à gauche, lève toujours son doits de pierre, dont on aperçoit la dernière aiguille de l’autre côté du golfe. L’étendue de la mer est vaste ; cependant une ligne verte égayée de moulins trace partout, comme un mince ourlet, les derniers contours de l’horizon. On finit par reconnaître l’autre rivage en voyant s’y multiplier les moulins, qui autour de Saardam sont au nombre de quatre cents. Une petite anse ouverte au milieu des pâturages à fleur d’eau vous mène au port de la charmante ville, — que je me garderai bien d’appeler chinoise, parce que cela déplaît aux habitans. Voici le cadran d’une jolie église au toit pointu qui nous annonce que nous n’avons mis qu’une heure pour la traversée.»


Gérard de Nerval, Les Fêtes de mai en Hollande, Chapitre IV – Amsterdam et Saardam, Revue des Deux Mondes T.14, 1852.

Visites guidées:
Les fêtes de mai en Hollande de Gérard de Nerval sur Wikisource
Biographie de Gérard de Nerval et portrait de l'écrivain par Théophile Gautier sur Éternels Éclairs
Le Centre de recherches Gérard de Nerval sur le site de l'Université de Namur
Gérard de Nerval sur L'encyclopédie de l'Agora

Images:
Photographie de Gérard de Nerval par Félix Nadar alias Gaspard-Félix Tournachon (1820–1910)
Amsterdam en 1860 par Adrianus Eversen (1818–1897)

Références
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