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Paris en 2011

Un article qui est certainement d'actualité, par un jeune écrivain dans l'ombre.
Je vous laisse à la lecture.

Il est minuit passé, fume une énième cigarette. La fumée a envahi la pièce et s’exerce à de multiples chorégraphies sous la lumière tamisée. Carnaval d’ombres chinoises dans un studio de vingt mètres carrés. Paris en février. Le silence dehors, une légère brise froide traverse les rues et quelques voitures viennent encore s’y perdre. Nous sommes loin des fabulations d’une capitale française révolutionnaire, festive, romanesque et passionnée. Non, tout ceci nourrit une sorte de mythe vivant en chacun de ses habitants. Et cela ne reste qu’un mythe ! Rien de tout ceci n’est plus d’actualité dans le parnasse moderne. A notre époque, le rêve prime sur le vrai, le réel se subit au dépend de fabulations, finalement nous sommes bien sages et obéissants. Nous qui vantons les mérites d’une parole à toute épreuve, pleine de bravoure, de combats, de sacrifices, de passions, tous ces mots appartiennent au passé et rien dans notre réalité quotidienne ou si peu s’y raccroche. La « crise économique » trône dans ce XXI e siècle, elle dicte nos actes et nos envies, nos besoins et nos désirs. Elle nous dresse les uns contre les autres, elle nous éparpille en un troupeau de bêtes inoffensives dans un vaste champ consumé, cerclé de ronces. Notre pays se fait vieux et radote, il rebute l’évolution, et la jeunesse est las de se battre. La jeunesse s’exploite et il fait bon de l’utiliser. Leur verve et leur fougue au service du produit, au service du bénéfice, au service de la servitude. Nous tirons le carrosse capitaliste par notre volonté toute façonnée. L’oppression écrase l’imagination et nous suivons comme des bêtes sans cœur en tirant cette lourde machine qui nous écrasera tous comme de vains esclaves. La censure fait notre actualité, les préjudices à l’encontre des « tous puissants » font les déshérités. Télé, ciné, publicité, virtualité, font parties de notre pain quotidien, nos médicaments contre l’angoisse, contre la solitude. Continent de l’imaginaire, archipel des nouveaux dieux, trésor des nouveaux mythes, le virtuel rejoint les plus vastes et obscurs territoires de l’inconscient et prône l’asservissement des âmes les plus prolifiques et bénéfiques à l’exploitation sombre et gargantuesque d’une liberté devenue sourde et aveugle. C’est une sorte de passerelle vers l’inaccessible, une quête vers la voie du silence, vers des mondes engloutis. C’est une promesse qui est faite, celle d’un monde de béatification. La recherche d’absolu, la porte vers une richesse insoupçonnée. La communication se tourne vers des concepts de plus en plus abstraits, de plus en plus évidés de cette nature qui nous compose et que nous concevions hier encore comme divine par son essence impénétrable. Plus nous avançons, plus nous devenons réticents à l’incarnation de notre véritable valeur, ce qui nous pousse à aller toujours plus en avant, plus rapidement, comme pour saisir l’instant qui fera que tout sera révélé au grand jour, comme un achèvement en soi, une réalisation de soi, la concrétisation d’une œuvre ou de l’œuvre. Tout ceci caractérise une sorte de fuite, notre conscience se borne à fuir vers un étendard plus saillant, une connaissance plus grande pour permettre une remise en question de l’ancien et revêtir le neuf. Fuir une réalité neuve pour une autre d’autant plus neuve qu’elle repose sur l’ancienne. Fuir le réel pour poursuivre le réel. L’absolu est dans la ligne de mire, sans jamais réussir à totalement l’appréhender. Peut être par crainte, peut être par manque de temps ou d’énergie, ou encore de connaissances ou bien encore par l’insuffisance de volonté générale ? Quoiqu’il en soit nous avançons tous ensemble. Chaque fait à son importance, aussi infime qu’il puisse être, et au grand désespoir de l’indépendantisme qui à lui seul se pense un monde, il fait sa route, lui aussi, dans la même direction, porté par cette vague qui dès le départ nous submerge et nous transporte de force, là où son courant se dirige.

Sevan S.

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1 avis pour “Paris en 2011”
  1. Merci pour avoir publier cet article. Il y en aura probablement d'autres.
    Bonne soirée.

    Par Sevan.s | mardi 22 février, 20:41
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